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CLEMENTINE AUTAIN : J'ai été violée - Le viol, ce tabou monstrueux
Clémentine Autain témoigne du viol dont elle a été victime,
et insiste sur la nécessité de porter plainte, sans céder au tabou et au silence.
"ça a été le moteur de mon engagement.
S'il n'y avait pas eu ce silence, ce tabou monstrueux, peut-être que je n'aurais pas été victime de viol.
Il faut que les responsables politiques prennent la parole sur ce sujet."
La honte, la suspicion...
"Je me suis fait violer. Non: j'ai été violée".
JT 20H FRANCE 2, 27 MAI 2009
Seules 4% des femmes violées dénoncent leur agression à la police. La honte, trop lourde à porter.
Dans 83% des cas, l'agresseur est dans l'entourage de la victime.
CLEMENTINE AUTAIN
Clémentine Autain : militante féministe à la suite d'un viol
Submitted by Féministe (not verified) on Thu, 05/28/2009 - 01:30.
Les explications de Clémentine Autain sur son blog: Dire pour combattre le viol
http://clementineautain.fr/2009/05/27/dire-pour-combattre-le-viol/
"Pendant longtemps, j'ai menti sur l'origine de mon engagement féministe.
Il y a trois ans, j'ai décidé d'arrêter de raconter des histoires.
C'est à la suite d'un viol que je suis devenue militante féministe.
Je l'ai dit à l'occasion de la parution de la biographie que m'a consacrée, en 2006, Anne Delabre. Une décision difficile pour moi mais le mensonge - fut-ce par omission - m'était devenu insupportable.
Je me sentais complice des violeurs parce que ce sont eux qui bénéficient du silence. J'ai eu la chance de pouvoir me reconstruire, de vivre et non seulement de survivre après ce qui m'est arrivé, et j'ai la chance de bénéficier d'une parole publique :
dire ce que j'ai vécu est une manière de lutter contre le viol.
Pas question de raconter mon ressenti, d'étaler mes souffrances, mon histoire dans le détail mais juste de témoigner pour donner de l'humanité à ce combat, pour exprimer la colère et la souffrance, pour que l'image des femmes violées ne soient pas que celle stéréotypée de personnes détruites et honteuses. Et puis ce sont des faits publics, jugés aux Assises, et non un événement d'ordre privé.
Passer ce cap m'a coûté car raconter est tout sauf une partie de plaisir. Ca remue, ça expose. J'ai eu peur et je continue d'avoir peur du regard des autres en révélant cette part de mon histoire. Mais être au clair avec mes convictions et ma conscience est bien plus important.
Et je crois cet acte nécessaire. Quand des personnalités publiques ont révélé leur séropositivité, ça a aidé à ce que des gens s'identifient, à déjouer la honte insupportable qui pèse sur des victimes, à donner de l'écho à la cause.
Bref ! A l'époque, j'avais accepté de témoigner dans un court sujet sur TF1, dans le “7 à 8″ du dimanche. Je voulais toucher du monde et ne pas répondre à de nombreuses interviews. Je m'étais dit : c'est dit, ce n'est plus à dire. Et voilà aujourd'hui la campagne du CFCV qui est lancée et des sollicitations pour témoigner qui me sont adressées. Que faire ? J'avoue mes hésitations, mes angoisses à parler de nouveau. Un camarade me racontait que l'une des têtes de listes de la gauche radicale (je reste discrète sur son nom, ça ferait désordre et après tout, sa misogynie est connue) osait dire il y a peu, devant d'autres militants, que j'avais utilisé à des fins politiciennes le récit du viol que j'ai subi. Rien que de savoir ça me donne la nausée. Il me reste un peu d'humour pour lui rétorquer que tout le monde n'a pas eu la chance d'être violée. Alors voilà, je n'ai pas envie d'en parler sans cesse publiquement mais je ne veux pas plus me dérober à soutenir une campagne de sensibilisation qui me tient à coeur. J'ai refusé plusieurs demandes de journalistes mais j'ai accepté de parler dans un petit sujet au 20 h de France 2 de ce jour, toujours dans l'idée de toucher le plus de monde possible. Et j'y consacrerai ma chronique de demain matin sur France Culture parce que cette campagne me tient à coeur.
Je pense à toutes les femmes victimes de viol qui sont enfermées dans le secret, blessées par les préjugés, meurtries dans leur chair et dans leur corps. La parole est l'une des clés de la reconstruction. Je formule le voeu qu'elle soit libérée.
Ainsi seulement nous briserons nos chaînes."
Clémentine Autain
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